Pose d’enrobés phoniques sur le boulevard périphérique

En 2012, la ville de Paris, en partenariat avec Bruitparif, a pour la première fois expérimenté la pose de revêtements acoustiques sur une portion du boulevard périphérique parisien située au niveau de la porte de Vincennes. Devant les résultats satisfaisants obtenus tant en termes de baisse du bruit généré par la circulation que de résistance mécanique de ces nouveaux revêtements, la ville de Paris a décidé d'étendre progressivement la pose d'un revêtement acoustique. De 10 % du linéaire fin 2013, c’est fin 2019 la moitié du périphérique qui en bénéficie, en complément d’autres dispositifs propres à diminuer le bruit perçu par les riverains, comme des écrans anti-bruit, la couverture de certains tronçons ou la limitation de la vitesse maximale autorisée.

Période de réalisation

2012-2020

Territoire(s) concerné(s)

Entités ayant réalisé l’action

Entités impliquées dans l’évaluation de l’action

Description

Ruban de bitume circulaire de deux fois 4 voies le plus souvent, et d'une longueur totale de 35 km, le boulevard périphérique supporte le trafic le plus dense de toute l’Europe, générant pour plus de plus de 100 000 habitants domiciliés à proximité une exposition critique au bruit ainsi qu’à la pollution atmosphérique.

En conséquence, la Mairie de Paris, gestionnaire de la voie, a mis en place différentes actions de nature à améliorer le cadre de vie des riverains. Certains tronçons, dont la configuration le permettait, ont ainsi pu être couverts, faisant revenir le calme dans les quartiers concernés, comme les Portes de Vanves et des Lilas.

Ces interventions lourdes ne pouvant être réalisées partout, la ville de Paris a souhaité combiner d'autres types d'actions moins coûteuses et permettant de toucher un nombre maximal de riverains. Parmi elles, l'utilisation de revêtements de chaussée dits anti-bruit, car présentant des propriétés d'absorption acoustique, a été une solution novatrice que la ville a expérimentée en situation réelle dès 2012 sur les chaussées et bretelles du boulevard périphérique au niveau de la Porte de Vincennes (enrobés Rugosoft® et Nanosoft® de la société Colas). Il s'agit de revêtements contenant une part plus importante de vide. Le son émis par le roulement des véhicules est piégé dans les micro-aspérités où il va progressivement perdre sa puissance. Le revêtement permet dès lors d'éliminer une partie des bruits de roulement des véhicules.

Forte de cette expérimentation réussie, la Mairie de Paris a décidé d'étendre le dispositif à 9 tronçons prioritaires du boulevard périphérique dès 2013, puis progressivement jusqu’à 50% du linéaire total fin 2019.

Le dispositif de mesure permanent déployé par Bruitparif sur trois sites proches du périphérique permet de suivre dans le temps les performances acoustiques de ces nouveaux revêtements.

En 2020, une grande campagne de mesure sera mise en œuvre au moyen de 48 stations de mesure déployées dans un périmètre élargi, de manière à tirer le bilan de l’ensemble des actions mises en places au cours des dix dernières années et à disposer d’un état de référence pour les transformations à venir.

Coût et financement

La mise en place de revêtements acoustiques, financée par la Ville de Paris, occasionne un surcoût de l'ordre de 20 à 30 % par rapport à des revêtements classiques.

évaluation de l’efficacité de l’action sur le plan acoustique

Situation initiale

Les premières cartes de bruit stratégiques ont été produites par la ville de Paris dans le cadre de la directive européenne 2002/49/CE et publiées le 30 juin 2007. Elles présentent les niveaux sonores moyens annuels et permettent l’identification des axes à plus fort enjeu, dont, bien entendu, le boulevard périphérique qui génère des niveaux pouvant atteindre voire dépasser les 80 dB(A) selon l’indicateur Lden et les 75 dB(A) selon l’indicateur Ln. Pour tenir compte de l’évolution du trafic, ces cartes ont été remises à jour en 2015 et devraient l’être à nouveau en 2020.

En complément, et afin de suivre de manière plus fine l’évolution du bruit dans le temps, un dispositif de mesure de grande envergure avait été déployé en 2009 par Bruitparif, en collaboration avec la ville de Paris, autour du périphérique. 8 stations de mesure fixes, complétées par un véhicule laboratoire mobile réalisant des prélèvements ponctuels, avaient été mobilisées à cette occasion, révélant des résultats globalement concordants avec ceux issus de la modélisation, et qui dans une majorité de sites excèdent les seuils réglementaires (68 dB(A) en Lden et 62 dB(A) en Ln). A la lumière de cette première campagne, 3 sites ont été équipés de stations de mesure permanente, positionnées sur le terre-plein central ou bien en situation riverain.

Dans la poursuite de l’étude réalisée en 2009, et afin d’apporter des éléments complémentaires dans le cadre des travaux d’élaboration des Plans de Prévention du Bruit dans l’Environnement de Paris mais aussi des communes limitrophes, Bruitparif avait quantifié la population exposée aux abords du boulevard périphérique au-dessus des valeurs limites, et l’impact potentiel de certaines solutions qui pourraient être envisagées, parmi lesquelles l’utilisation d’enrobés de chaussée à propriétés acoustiques. Ainsi, plus de 20 000 personnes en situation de dépassement des seuils réglementaires en Lden et/ou Ln avaient été dénombrées autour du boulevard périphérique, ce chiffre approchant les 40 000 en tenant compte des communes limitrophes.

Situation finale

La performance des enrobés acoustiques a pu être suivie grâce au dispositif de mesure installé par Bruitparif au niveau de la porte de Vincennes (terre-plein central).

Le gain après pose a été mesuré à 6,5 dB(A) à proximité de la source, ce qui autorise une baisse de niveau sonore perçue par les riverains de près de 3 dB(A), particulièrement appréciable pour l’oreille humaine.

Le suivi temporel réalisé sur 6 années pleines révèle une dégradation des performances acoustiques chiffrée à + 0,6 dB(A) par an, ce qui est satisfaisant et conforme à ce qui était escompté.

Ces résultats sont confirmés par les campagnes de mesure réalisées en méthode CPX par la ville de Paris. Elles révèlent que la dégradation des performances acoustiques concerne principalement la voie la plus rapide de la chaussée.

Bilan

La pose de revêtements acoustiques sur le boulevard périphérique parisien a donc permis de diminuer significativement le bruit perçu tant par les riverains que par les utilisateurs.

Elle complète l’éventail de mesures que la ville de Paris a souhaité combiner afin d’améliorer à court terme l’environnement sonore des riverains (pose d’écrans anti-bruit, couvertures de tronçons, isolation de façades des logements, limitation de vitesse), tout en lançant une réflexion prospective sur le devenir de cette infrastructure.

La persistance dans le temps des performances acoustiques de ces revêtements a été jugée satisfaisante (+ 0,6 dB(A) par an). De surcroit, leur résistance mécanique, point crucial à la fois dans une optique économique et sécuritaire, s’est également révélée satisfaisante dans un contexte de volume de trafic particulièrement important. Le nombre d'accidents n’a pas varié notablement, ce qui suggère que ces nouveaux revêtements présentent des caractéristiques d'adhérence équivalentes aux revêtements usuels et qu'ils évacuent bien les précipitations.

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